Kaedia Taalam Humain

Age : 18 Inscrit le : 25 Juin 2008 Messages : 10 Localisation : Là où vous n'êtes pas
| Sujet: Renouveau [libre] Lun 30 Juin - 17:18 | |
| La nuit était fraîche, mais toutefois agréable. Un vent chaud venant du Sud soufflait de temps à autre et faisait danser les branches des arbres et les brindilles des buissons. Cette danse nocturne, qui diffusait un doux bruissement parmi les bois, créait une atmosphère mystérieuse. Les deux lunes éclairaient paresseusement la forêt de leur rayons ivoires. Mais les arbres découpaient cette lumière en bandes obscures et immobiles. Cependant, une ombre n'était pas figée : elle se profilait le long des troncs ou des fougères. Elle avancait sans discontinu, sans hésitation, comme si elle savait parfaitement où elle allait... Ce qui n'était en fait pas le cas. Cette ombre provenait d'une jeune fille blonde qui affichait un air résolu. Mais si l'on s'approchait un peu plus et que l'on plongeait dans son regard, on pouvait remarquer un trouble au plus profond de ses yeux : elle semblait à la fois perdue, mélancolique et décidée à en découdre avec quelque chose. Mais cette femme progressait lentement, posait continuellement un pied devant l'autre comme si elle avait été programmée pour cela, comme si c'était le seul mouvement qu'elle pouvait perpétuer pour le reste de ses jours.
Kaedia marchait depuis des semaines déjà dans la forêt de Kervael. Elle avait quitté Galanos, le coeur serré, mais sa soif de vengeance l'avait finalement rattrapé. Elle se disait qu'elle ne serait jamais tranquille tant qu'elle n'aurait pas retrouvé les assassins de sa famille. Ces soldats, s'ils existaient encore dans ce monde, ne méritaient pas de vivre. Enfin, elle espérait véritablement qu'ils soient encore vivants... sinon, elle ne se le pardonnerait jamais d'avoir attendu aussi longtemps. Elle devait les tuer elle-même. Elle voulait les tuer elle-même, de ses propres mains qui seraient souillées de leur sang de criminels et de crétins endurcis. En songeant à ces hommes, elle sentit la colère bouillir à l'intérieur de son corps. Vengeance. Elle essayait de la canaliser avant qu'elle n'explose. Vengeance. Vengeance. Une petite voix dans sa tête lui répétait inlassablement qu'il fallait que ces individus payent. Ils devaient tous, entièrement tous, payer. La totalité du monde devait payer. Tous étaient coupables. Ils devaient payer, payer et encore payer. Elle ne put se retenir. VENGEANCE.
Kaedia était aveuglée par la colère. Elle en voulait au monde entier. Elle voulait torturer, martyriser, persécuter puis massacrer, anéantir, déchirer, écraser, abattre, tuer... tuer... tuer. Il fallait qu'elle frappe. Elle prit son glaive et s'attaqua au tronc d'un frêne. Elle donna des coups n'importe où et n'importe comment. Elle voulait juste répandre la souffrance, la douleur... Encore et encore. Le pommeau glissa de ses mains moites et le glaive s'échoua sur l'herbe, au pied de l'arbre meurtri d'entailles et d'éraflures. Mais Kaedia continuait de cogner avec ses poings contre l'écorce. Rapidement, ses mains furent écorchées de toutes parts. Elle n'arrêta que lorsqu'elle fut complétement épuisée et que ses mains furent en sang. Soudain, la réalité la frappa de plein fouet. Elle considéra l'arbre avec des yeux incrédules et prit peu à peu conscience de l'acte horrible qu'elle venait d'accomplir. Non... elle n'avait pas fait cela. C'était impossible ! La jeune fille posa son front contre l'écorce abîmée et une larme, une seule, coula le long de sa joue. Depuis la mort de ses parents, de sa soeur et de son frère, elle n'arrivait plus à pleurer. Comme une fontaine, ses larmes s'étaient taries.
Kaedia se laissa choir sur les racines du frêne blessé et entoura ses jambes repliées de ses bras. Elle avait pris la position semblable à celle d'un foetus, frêle et délicat. Elle posa sa tête sur ses genoux et ferma les yeux. Elle n'entendait plus rien à l'exception des battements lourds et sonores de son coeur. Elle rouvrit ses paupières et devina qu'un bouleversement se passait. Le vent avait cessé de faire chanter les arbres et la forêt était devenue particulièrement silencieuse. Trop silencieuse... Le temps était comme arrêté. Brusquement, une voix s'éleva dans sa tête.
Tu as blessé un arbre. Un arbre qui nous appartient. Un arbre qui est notre ami. Certes, ta colère est justifiée. C'est pour cela que tu es pardonnée. Mais tu devras t'excuser auprès de cet arbre en lui offrant un présent. Un présent qui soit digne et qui ait de la valeur pour lui.
Puis, elle se tut. Kaedia se sentit vide et exténuée, de même qu'après un long combat. Mais, l'habituel sentiment de satisfaction ou de déception était absent. Elle mit de longues minutes à rassembler ses esprits et à calmer son trouble. Elle tourna légèrement la tête et lança un regard à l'arbre derrière elle. Elle frissonna et se releva. Le vent était revenu et la forêt semblait avoir repris le cours de sa vie. Alors que Kaedia se penchait pour reprendre son glaive couché dans les brins d'herbe, elle perçut un léger bruit dans son dos, comparable au craquement d'une brindille. Elle se retourna, le glaive en main et pointé devant elle. Elle scruta la pénombre, retenant son souffle. _________________
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