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Tribulations en terre inconnue (libre)

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Edouard Gray
Farfadet



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Messages : 15
Localisation : Sur la route de Kervael

MessageSujet: Tribulations en terre inconnue (libre)   Jeu 12 Juin - 22:05

Sous le vaste ciel étoilé, un voyageur solitaire marchait sans conviction au milieu des bocages inquiétants.
Edouard Gray quittait la ville où il avait vécu tant d'années pour une destination totalement arbitraire : Kervael.
Le pays qui l'avait vu naître mais dont, pourtant, il ne gardait aucun souvenir...
Après toutes ces années, il lui semblait que sa précieuse mémoire l'abandonnait peu à peu...
Par exemple, le commencement de son existence demeurait un réel mystère et il en ignorait le pourquoi du comment...
Oui, mille questions en pagaille venaient affoler son esprit affairé.
Comment était-il venu au monde et surtout, ses parents biologiques...
Qui étaient-ils ?
D'un point de vue humain, Edouard se faisait extraordinairement vieux alors cela n'avait rien d'étonnant, qu'il soit un peu gâteux mais de là à oublier ses propres parents, ceux à qui il devait tout ?!


* Je n'aime pas ça... Cela me semble louche ! *

Le Farfadet se figea au milieu du sentier et plongea ses yeux gris dans l'encre cosmique. Les deux lunes paraissaient jouer de leur éclat pour attirer son attention mais il restait distrait, complètement absorbé par ses tristes pensées.
Son pâle visage paraissait à moitié endormi dans les lentes ténèbres et il se mit à parler à voix haute :


- C'est sûrement mieux ainsi...
Ces gens devaient être de parfaites enflures, ce qui explique pourquoi je ne m'en souviens pas.


Le jeune homme sourit puis reprit la marche d'un pas assuré.
Il ne devait plus s'occuper de ça, là où il allait l'attendait un avenir et non plus un passé.
Néanmoins, une partie de son esprit restait préoccupée par cette question viscérale.
Edouard ne l'avouerait jamais mais il avait besoin de ses racines, de savoir qu'il n'était pas seul sur terre et que d'autres, doués des même pouvoirs partageaient la même nature que lui...
Soudain, alors qu'il parvenait au sommet d'une colline, son flair exercé de chasseur le mit en alerte.
Le Farfadet sentait quelque chose : une odeur étrange dont l'heureux propriétaire devait être à deux pas...
Hostile à ce parfum ? Ne soyons pas parano !
Dissimulé dans la cime d'un frêne robuste et l'arbalette dans la main, Edouard attendait de voir à qui il appartenait....

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Neyrelle
Sirène



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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Ven 13 Juin - 22:37

Dans le ciel d'un noir d'encre, les étoiles apparaissaient comme une multitude d'étincelles. Les deux lunes brillaient d'un éclat laiteux, et arrosaient toute la campagne de cette lueur blafarde. Sous les cieux, bien plus bas, la rosée apparaissait sur les brins d'herbe, et les collines projetaient une ombre indéfinie sur leurs semblables. Le paysage était magique, il respirait la pureté et le calme de la nuit. C'est du moins ainsi que le ressentait Neyrelle, debout près d'un grand arbre, seule au milieu de l'obscurité.

Elle avait galopé des heures durant en compagnie de Lae. Rien à ses yeux n'égalait le plaisir que lui procurait ces escapades entre les collines d'Aldan. Dans ces moements, elle se sentait libre, sauvage et farouche, hors du temps. Elle oubliait toutes ses préocupations, ne se consacrait qu'à sa chevauchée, au vent qui fouettait son visage. Elle riait aux éclats, se laissait emporter par l'ivresse de la vitesse, par le galop de sa jument. Ce jour là, elle était sortie de l'écurie alors que le soir s'achevait, que la lumière déclinait. La nuit était maintenant pleine, avec sa fraicheur et son silence. Neyrelle avait laissé sa jument près d'un bosquet d'arbres, désirant marcher un peu avant de rentrer.

Elle n'avait pas fait 100 mètres qu'elle "ressentit" un sentiment flou, qui ne pouvait provenir que d'un être doué de pensée. Neyrelle ne captait pas les émotions des animaux, bien qu'elle fut persuadée qu'ils étaient capables de penser, eux aussi. A leur manière. Avant qu'elle puisse l'analyser, la comprendre, la sensation s'évanouit, aussi rapideent qu'elle était venue. Neyrelle ne comprenait pas bien cette faculté qu'elle avait d'entendre certaines émotions. Elle ne comprenait pas d'où celà lui venait, pourquoi, depuis quand...Celà l'avait toujours beaucoup intriguée. Elle avait renoncé à chercher. Elle s'accomodait de ces sensations étrangères qui lui parvenaient de temps à autre.

Elle fit encore quelques metres, quand soudain, l'impression revint, fugace. Cette fois, Neyrelle l'attrapa au vol. De la méfiance. Il y avait quelqu'un dans les environs, qui devait être quelqu'un de très prudent. Neyrelle sourit, puis continua à marcher. Si inconnu il y avait, il était invisible. Et pourtant...Au détour d'un chemin, elle passa devant un arbre, un frêne. Jusque là, rien de très inquietant. Un infime mouvement, quelque part au dessus d'elle, mit tous ses sens en alerte. Elle faillit appeler Lae, puis se ravisa. Elle pouvait se défendre elle aussi. Et on ne faisait pas que des mauvaises rencontres, au contraire. Malgré tout troublée par cette présence qu'elle savait existante, mais dont elle ne discernait pas la forme, elle ralentit un peu,se retournant fréquemment. Elle s'arrêta totalement lorqu'elle entendit une voix dans son dos...
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Edouard Gray
Farfadet



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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Dim 15 Juin - 15:02

- Tu pues le poisson ! Lança laconiquement le Farfadet.

Dans un admirable effort d'esthétisme, Edouard venait d'atterrir avec souplesse sur le sol après avoir effectué un grandiose saut périlleux.
Le jeune homme avait toute la grâce d'un funambule sur le fil du grand jour et adressa à la jeune fille un sourire de prince charmant.
Il se redressa de toute sa hauteur et croisa les bras sur son arbalète dissimulée dans son dos.
Pendant qu'il dévisageait sans aucune gêne son interlocutrice, une lueur malicieuse dansait dans ses yeux argentés.
En effet, Edouard Gray était méchamment sarcastique et son orgueil l'empêchait de s'incliner même devant ce qui était beau.
Ses blagues coutumières pouvaient se transformer aussi bien en gentille plaisanterie qu'en jeu cruel.

Toutefois, à cet instant précis il se sentait un peu perdu.
Tout ce qu'il ne connaissait pas, l'inconnu lui faisait peur et il se sentait comme écrasé par l'immensité du ciel, marchant sur une terre dont les limites le fuyaient à chaque pas, annhilant ainsi toute certitude de retrouver ses origines.
Ce tas de questions qui envahissaient son esprit faisaient diversion et rendaient celui-ci moins incisif.
Le Farfadet observait la jeune fille, ses yeux de saphir à l'éclat si intense, ses cheveux d'argent et son teint pâle, une peau presque bleutée.
La vision d'un immense océan turquoise, celui qu'il ne connaissait qu'en contes et en chansons s'imposa à lui comme un mirage et il fixa ses mains.
Des mains blanches aux doigts effilés, quasiment squelettiques mais dont les deux paumes étaient couvertes de terre.

Oui, cette étrange apparition lui rappelait les lacs de Kervael mais surtout, c'était une perle, une perle de la Mer.
Edouard releva les yeux, silencieux, une esquisse de sourire espiègle au coin des lèvres et réfléchit à sa prochaine réplique foireuse.
Bien sûr, c'était puéril comme comportement, le jeune homme le savait mais il agissait ainsi depuis toujours... Difficile de se débarrasser d'une vieille habitude, surtout quand celle-ci permettait de mettre du piment dans sa vie et de se bidonner comme un taré !...


Tu sens la mer, toi...
Tu ne te serais tout de même pas échouée comme une vieille méduse ?


Les yeux rivés sur elle avec un regard franc, il lui parlait d'un ton badin, d'une manière complètement familière, comme s'il la connaissait depuis toujours alors que quand bien même, ils n'avaient pas gardé les vaches ensemble...
N'importe quel individu voyant Edouard Gray pour la première fois l'aurait trouvé distingué, d'une modestie frisant la timidité mais tout cela avant qu'il n'ouvre la bouche, bien entendu...
Edouard jouissait de son innocente apparence avec gaminerie, s'émerveillant de pouvoir manipuler ses pairs avec une telle aisance.
Effectivement, les apparences se révélaient souvent trompeuses mais c'était si amusant, de pouvoir jouer derrière un masque indécelable et d'emprisonner les gens dans un miroir avec un simple reflet
!
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Neyrelle
Sirène



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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Dim 15 Juin - 16:06

Derrière elle, une voix moqueuse à souhait lui lança:

-Tu pues le poisson!

Hésitant entre le sourire et le froncement de sourcils, Neyrelle se retourna. En face d'elle se tenait un jeune homme qui parraissait avoir à peu près le même âge qu'elle, les cheveux chatains clair et les yeux d'un gris etonnant. Non, pas gris. Argentés. Ses yeux la détaillaient sans la moindre gêne, et son visage s'éclairait d'un sourire aussi charmeur que moqueur. Les mains derrière le dos, il semblait cacher quelque chose. Neyrelle choisit de sourire, de le prendre à la légère. Inutile de se facher avec le premier inconnu qui se montrait simplement sarcastique...

Puisqu'il l'observait sans relâche, elle décida de faire pareil. Des pieds à la tête, elle le détailla, sans être provoquante, mais pas très discrètement non plus. Elle vit la grâce qui s'en dégageait, les vêtements un peu usés...Elle regarda son visage harmonieux, qui affichait une expression ironique, elle, provoquante par contre. Mais, plongeant dans les yeux argentés de son interlocuteur, elle devina le doute, et un trouble causé en partie par... Par peut-être le fait qu'il ne se sente pas à l'aise entre ces collines sombres. Peut-être aussi par elle, puisqu'il ne cessait de l'observer. Oui, il parraissait troublé. A un moment, il baissa le regard sur ses mains, et Neyrelle entrevit ses paumes, tachées de terre. Il avait des mains très fines, presque osseuses, et blanches, aussi.

Il parut reprendre contenance, puis une lueur espiegle apparut sur son visage. Il sourit légèrement, parut réfléchir, puis lança quelques phrases, toujours sur la même idée de provoquer celle qu'il avait en face de lui. Une vieille méduse? A à peine plus de 20 ans, peut être pas encore...Neyrelle sourit à son tour, amusée. Elle entra dans son jeu, à son tour moqueuse.

-Et toi? Tu ne serais pas tombé sur Aldan comme un vieux fruit trop mur? Je sens d'ici l'odeur des forêts de Kervael...ou plutot celle de certains champignons fort peu agréables!

Lança t-elle, en guisse de réponse. Le sourire aux lèvres, elle fit quelques pas dans sa direction, s'arrêta lorsqu'elle ne fut plus qu'à un mètre de lui. Il lui plaisait bien, ce garçon. D'apparence courtois et timide, il devenait espiegle et extraverti dés qu'il ourait la bouche...Le ton familier qu'il employait était celui qu'on prend quand on parle avec un ami de longue date, pas avec une jeune femme à peine entrevue! Neyrelle, loin de s'en formaliser, apréciait cette verve que montrait le jeune homme.

A force de l'observer, pas de doutes, il n'était pas d'ici. Neyrelle pouvait même deviner plus précisément qu'il venait du Sud-Ouest, de Kervael. A cet air d'habitué des bois, de trappeur, à ces mains pleines de terre...Lorsqu'elle lui avait répondu, elle n'avait pas vraiment réfléchit, juste laissé venir ce qui lui passait pas la tête. Maintenant, elle se rendait compte que sa première idée était peut-être la bonne. D'ailleurs, elle en était presque sûre. Et ça valait mieux pour elle, car elle ne ferait pas bonne figure, à se tromper en voulant répliquer quelque chose! Elle décida de prendre les devants, de poser quelques questions...

-Aimables présentations...à qui ai-je l'honneur?

Son ton était bien sûr ironique, et elle souriait toujours, même si son sourire avait changé. De moqueur, il était passé à sincère, presque charmeur. Avec une nuance d'ironie tout de même, elle n'allait pas lui accorder un sourire confiant sans même connaitre son nom!
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Edouard Gray
Farfadet



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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Lun 16 Juin - 15:26

Sur le coup, Edouard resta stupéfait avec la désagréable impression d'avoir reçu un seau d'eau glacée en pleine face.
Le Farfadet soupira d'un air las, presque exagéré. Il s'attendait bien sûr à ce que sa charmante adversaire réplique mais pas aussi promptement et avec un tel sang-froid...
Ses pupilles étincelantes scintillaient comme deux miroirs, il paraissait osciller entre deux modes d'expression quasiment opposés.
Un bref instant, il songea à se battre pour sauver l'honneur mais il n'aimait pas particulièrement la violence, la force brute dépourvue d'esthétisme.
Ce qu'il préférait, c'étaient des armes plus subtiles tels que les poisons et les antidotes, pour les mauvaises blagues ou le chantage.

Alors qu'il se remémorait avec tendresse ses expériences passées, son opalescent visage se fendit d'un sourire malsain.
Avec une lenteur calculée, le jeune homme retira la sangle de son arbalète dissimulée dans son dos et joua un moment à la balancer à bout de bras, pareil à un pendule d'apocalypse puis il la jeta sans ménagement sur le bord du chemin.
Levant les yeux vers la jeune fille, il sembla la fixer avec sérieux avant d'éclater de rire.
Vu de loin, la scène devait ressembler à une banale discussion entre amis mais qui aurait pu deviner la pression qui y subsistait ?
Il s'agissait en vérité d'un combat d'esprit, chacun en quête de la réplique fatale...

Edouard, toujours plié en deux, peinait à retrouvait son calme.
Voilà des années qu'il n'avait pas autant ri.
La dernière fois fois, c'était quand ce pédant de Peter, le fils de l'aubergiste, avait dérapé sur une plaque de verglas en plein jour de marché...
Le jeune homme jeta un oeil à son arbalète en souriant.
Se battre aurait dévoilé une faiblesse, une susceptibilité ridicule.
Edouard effectua une gracieuse courbette, imitant à la perfection tout les bourgeois qu'il avait eu l'occasion d'observer dans sa modeste vie et avec qui il avait eu la joie de faire d'excellentes affaires en matière d'empoisonnement.
Son éternel sourire aux lèvres, il rétorqua tranquillement :


- En effet, Edouard Gray de Kervael...


Face à son interlocutrice, l'expression de son visage ne traduisait aucune politesse, simplement la plus parfaite insolence.
Il était en réalité amusé par la perspicacité et le doigté dont elle faisait preuve.
Le comble, c'est qu'il ne pouvait s'empêcher de ressentir de la sympathie à son égard alors qu'il s'était pourtant juré de ne plus avoir d'affinités avec les autres.
Il ne pouvait oublier la manière dont les humains l'avaient traité et jamais il ne leur pardonnerait.
Paisiblement, Edouard contemplait la demoiselle d'un air songeur et inclina la tête comme s'il cherchait à la voir sous un autre angle.
Elle non plus n'était pas du coin ou alors, il n'avait pas les yeux en face des trous...

A qui ai-je l'honneur ? Reprit-il joyeusement avec la même formulation, profitant ainsi de l'occasion pour parodier la jeune fille...
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Neyrelle
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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Ven 20 Juin - 21:18

Le sourire ironique toujours accroché à ses lèvres, neyrelle attendit la réaction du jeune homme qui lui faisait face. Un bref instant, il parut presque choqué, momentanément immobilisé par une réplique à laquelle il ne s'attendait pas. Puis, semblant se contrôler, il laissa échapper un long soupir exaspéré, qui aurait pu paraître fatigué, mais que Neyrelle devina légèrement exagéré, parfaitement calculé...Celui là avait l'habitude de ce genre de joutes orales...Cela se voyait dans son attitude, transparaissait dans chacunes de ses paroles. Le doute, néanmoins, avait regagné son regard. Apparement, il ne savait pas quel comportement adopter...Sous ses yeux brillants, sa bouche d'étira en un large sourire que l'on aurait pu croire chaleureux s'il n'y apparaissait cet air de malice...

Neyrelle ressentit une breve inquietude en le voyant enlever lentement la sangle de l'arbalette qu'il tenait cachée derrièrre lui. Puis, finalement, toujours avec cette lenteur exaspérante, il la jeta sans y faire plus attention, sur le bord du chemin, à côté de lui. Après ça, il leva le regard vers Neyrelle, planta ses yeux dans les siens d'un air on ne peut plus sérieux... Et éclata de rire! le plus surprenant, c'est que ça n'était pas un rire moqueur..c'était même un rire si sincère que son auteur était plié en deux, et avait bien du mal à se contenir...Ce devait être contagieux. Ou communicatif. Ou les deux. En tous les cas, Neyrelle fut bientot gagnée par une vague d'hilarité qu'elle ne parvint pas à juguler...elle éclata d'un rire sonore. Les larmes aux yeux, elle se tenait les côtes, manquait de s'étaler par terre. Toute la tension accumulée au cours des dernières répliques, pourtant peu nombreuses, retombait, ou plutot se relachait.

Le jeune homme s'arrêta tant bien que mal de pouffer de rire, et ne garda qu'un sourire en direction de son arbalette, sagement étalée sur le sentier. Sourire qui se fit ironique lorsque son auteur se fendit en une gracieuse révérence, parfaitement executée, qui témoignait soit d'un bel entrainement, soit d'heures passées à observer ceux qui en offraient à tout bout de champs...A ses mots, Neyrelle eut la certitude qu'elle ne s'était pas trompée. Edouard Grey, de Kervael... Ses paroles, dans un autre contexte, auraient pu être parfaitement correctes, et même assez distinguée, polies. Ici, sous les lunes d'Aldan, à côté d'un grand arbre et après les quelques mots fort sympathiques qu'ils avaient échangé, le dénommé Edouard n'aurait pu paraître plus impertinent, plus insolent...

De loin, les deux personnes devaient ressembler à deux amis discutant tranquillement. Si on s'approchait un peu plus, on aurait sans doute vu une certaine antipathie flotter entre eux. Mais il fallait être au coeur de l'histoire pour voir qu'ils s'appréciaient mutuellement. Neyrelle aimait la spontanéité de son adversaire du moment, et son humour. Lui, derrière son masque d'eternel gamin insensible, était heureux d'avoir en face de lui quelqu'un qui rentrait dans son jeu, et ne prenait pas la mouche à la première de ses moqueries, devina Neyrelle. Elle ne "ressentait" plus la méfiance du début. Maintenant, une vague onde de complicité mêlée d'un début de sympathie lui parvenait par moments. Très léger, mais présent tout de même.
En face, Edouard pencha légèrement la tête de côté, comme pour mieux l'observer. Reprenant ses mots, il demanda d'une voix amusée:

-A qui ai-je l'honneur?

Décidemment, il n'en ratait pas une...Elle lui répondit d'une voix douce, mais où perçait une touche d'amusement. Il lui avait dit son nom, ses origines...pourquoi lui refuser les siennes?

-Neyrelle Tann'Seï, du Grand océan oriental...comme tu l'avais deviné, je suppose. Et, tu vois, en fait d'une vieille méduse, je serais plutot une jeune sirène, espèce d'ignare!

Fit elle, mimant de lui mettre une bonne claque sur ces derniers mots. Elle arrêta sa main juste à un centimètres de sa joue, et l'effleura doucement, une expression provoquante sur le visage. Après ça, elle se campa sur ses jambes, les mains sur les hanches, le sourire aux lèvres.
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Edouard Gray
Farfadet



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MessageSujet: Re: Tribulations en terre inconnue (libre)   Dim 22 Juin - 23:24

Immobile face au vent du Nord, le jeune homme semblait s'être transformé en une statue de glace qui ne laissait traverser aucun rayon de joie.
Comme derrière un mur de givre, Edouard l'avait vue avancer vers lui mais il n'avait pas bougé, imperturbable, songeant que si elle lui flanquait une baffe, il lui rendrait la pareille en triple.
Probablement trop sûr de lui, le Farfadet n'aurait jamais pensé que quelqu'un puisse l'atteindre, non seulement physiquement mais aussi mentalement.
Lui qui s'attendait à une baffe, au lieu de ça, il avait senti une furtive caresse.
Depuis leur rencontre, son orgueil n'avait jamais été mis à mal, à ce point !
Son regard étincelant avait alors croisé le sien d'un bleu azur alors qu'elle l'observait sans aucune gêne, en souriant même.
A cet instant précis, il aurait souhaité mille fois dans son âme que Neyrelle Tann' Seï ne soit qu'une vieille méduse.

Sous les pâles rayons d'argent, Edouard sentit une vague de ressentiment l'envahir, pareille à un bûcher ardent qui le dévorait de l'intérieur.
Il avait eu la détestable sensation d'assister à une tragédie en direct, totalement impuissant et dans l'attente du destin. Il n'avait rien pu faire.
Tout s'était ralenti dans cette scène figée, de leur rencontre jusqu'à cette limite.
Elle avait simplement eu un pas à faire, un seul geste pour remettre les choses à leur place et le temps s'était accéléré, pareil à un odieux manège.
Lui ne pouvait qu'essayer de se retourner pour constater les débris de son amour-propre, les fondations de sa ville devenue ruine.

Le détestait t-elle à ce point ? Ou alors était-ce seulement lui qui l'avait laissé faire ?
Sa tête s'affaissa lentement sur son buste et il murmura sombrement, sous le rideau de ses cheveux blonds :

- Tu m'as eu par surprise. Ce n'est pas juste.

Le jeune homme fit un pas en direction de son arbalète et se pencha à peine pour la récupérer du bout de ses doigts longilignes.
Fuyant inexorablement le regard de la demoiselle, il balança son arme sur son épaule et tourna brusquement les talons pour reprendre la route.
Parfois, Edouard se demandait s'il n'avait pas accompli ce long et périlleux voyage par peur d'affronter la réalité et toutes les vérités de ce monde.
Il savait qu'il devait arrêter de fuir et de se cacher comme un enfant mais il ne voulait pas. Les responsabilités n'étaient pas pour lui, tout comme la défaite et le pardon.
Il resterait un éternel enfant-Roi, celui auquel on ne refusait rien et qui ne pouvait pas perdre. L'enfant qu'on avait aimé, demeurant à ses parents adoptifs pour toujours.

Se figeant au milieu du chemin, Edouard leva les yeux vers les deux lunes qui le veillaient. Décidément, elles l'inspiraient, ces deux mères et il pressentait qu'il aurait beaucoup de choses à leur dire, plus tard.
Le Farfadet se retourna lentement, plantant son regard métallique dans celui de la jeune fille.

Neyrelle Tann' Seï... Dit-il d'une voix paisible.
Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à te rabattre le caquet ?

Les mots étaient sortis d'eux-même, avant qu'il n'ait pris le temps de réfléchir à ses paroles et il ne put que se maudire dans le silence qui s'instaura.
C'était un duel psychologique.
Dire cela revenait à admettre qu'il l'avait perdu...

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